travaux pour Forcebeton 2010 Amélie Grosselin

J’aime beaucoup Fordamage, groupe de beaux agités basé à Nantes. J’avais remarqué les affiches du festival Soy, festival organisé par l’association Yamoy et ayant lieu chaque année dans la même cité de l’Ouest. Ce n’est que très récemment que j’ai remarqué une proximité entre le travail sur les pochettes du combo et celui réalisé pour les visuels de l’événement automnal.

Le lien entre ces réalisations est Amélie Grosselin, jeune graphiste au talent et à l’hyperactivité protéiformes. Puisque que cette infatigable créatrice sait allier l’image au le son, il était évident pour nous de faire plus ample connaissance avec elle (visuel : sérigraphie pour un concert au festival Forcebeton).

Quel a été ton cursus d’étudiante pour devenir graphiste ?

Après mon bac scientifique, j’ai été admise en année préparatoire dans une école d’Art Graphique, à Nantes, l’École Pivaut.
Puis j’ai enchaîné avec les 3 années de graphisme publicitaire, en commençant parallèlement à faire des projets pour des amis et des petits clients. Ces années d’école ont été vraiment très enrichissantes ; j’y ai appris les bases de la couleur, de l’anatomie, de la typographie et surtout pleins d’idées et une vision plus large du graphisme et de l’art !

Qu’est-ce que le graphisme publicitaire ?

Je ne sais pas si c’est une catégorie à part entière, mais à l’école Pivaut il y avait après l’année préparatoire, puis le tronc commun, des spécialisations : Décoration peinte, Design et Graphisme publicitaire. Le Graphisme publicitaire, dans cette école, en plus des cours de nu, anatomie, peintures, sculpture, perspectives, beaux-arts… On apprend à faire des logos, des chartes graphiques, des mise en page, mais aussi les bases de la pub presse, télé : trouver des accroches, des concepts, etc. Comme un peu Jean-Pierre de Ma Sorcière Bien-Aimée et son agence de publicité McMann & Tate (rires).
Mais je n’ai jamais été friande de cette partie pub. Je préfère le graphisme print, le graphisme d’illustrateur, le graphisme d’art… J’invente tous ces mots là, mais c’est ce que j’aime faire.

Quelle fut ton premier travail en tant que graphiste freelance ?

Hummm ! Officiellement je me suis inscrite en tant que graphiste freelance en 2006, mais j’avais déjà pas mal de “clients” quand j’étais étudiante, puis pendant mes 3 ans d’agence. Je pense que mon tout premier travail officiel, genre la première fois que je voyais imprimé en vrai mon travail, fût pour le festival Mouviz 2001, un festival de courts-métrages à Nantes. Mais entre 2000 et 2003, je commençais aussi à faire les affiches du festival autogéré Le Chacal à Poil près de Brest et le Soy Festival à Nantes, festival de musiques actuelles et indépendantes.

Ton travail est-il influencé par la musique que tu écoutes ?

Oui beaucoup ! Lorsque je travaille j’écoute beaucoup de musique. Si je dois travailler pour un groupe, j’écoute en boucle les albums, c’est très important pour moi de ressentir la musique et ensuite l’exprimer graphiquement. Même pour un festival de musique, j’essaye de coller au mieux aux “styles” de musique de la programmation.

Comment définirais-tu ton style ?

Oufty, c’est dur ça comme question ! Je vais faire une sorte de liste de mots : traits, contours, aplats, modulable, détails cachés, superpositions, enchevêtrements…

Il y a souvent des animaux sur les affiches que tu crées (un ours et un loup illustrent d’ailleurs la pochette du dernier disque de Fordamage). Que représentent-ils dans ton imaginaire ?

C’est drôle lorsque les gens commencent à analyser ce que je fais, car je ne réfléchis pas vraiment à faire un truc “concept”, ça vient comme ça. Et oui effectivement, comme on me l’a déjà fait remarqué cet automne, je dessine beaucoup d’animaux, mais aussi du végétal. J’adore dessiner les poils, les carapaces, les plumes, les écailles et puis les feuillages aussi. Mais c’est vrai que lorsque je cherche des idées pour une affiche ou une pochette d’album par exemple, je pense naturellement aux caractères des animaux, pour illustrer des choses douces ou plus violentes. Les animaux ça marche un peu comme avec la couleur. Cette dernière m’évoque des sentiments et des symboliques.

Tu photographies aussi. Ce travail est-il un prolongement de ton activité de graphiste ?

Oui, la photo est venue au même moment que la musique et le dessin. J’ai commencé avec un Zénith, un reflex 35mm, que j’avais piqué à mon père, et dont une pellicule sur deux ne marchait pas. J’allais prendre en photo des matières rouillées, des poteaux électriques, du bois flotté, l’eau… beaucoup de matières et des formes graphiques. Puis je me suis achetée un petit appareil photo tout automatique avec un zoom rétractable et là j’allais en douce prendre en photo des groupes sur scène. J’ai appris sur le tas à comprendre la lumière et le cadrage, mais je ne connais pas les bases de la photographie.
Je pense que l’on retrouve sur mes photos, le côté graphique de mon travail de dessin, ainsi que dans les contrastes biens marqués.

affiche SOY 2010affiche Chapi Chapo - la Fabrique De Jouets

Depuis quand es-tu guitariste et chanteuse au sein de Fordamage ?

On a créé le groupe en 2005. Je cherchais à l’époque un batteur, je voulais juste jouer à 2, guitare/batterie/voix. Du coup j’ai rencontre Pierre Marolleau, batteur, et pour la première répèt, il me dit, “j’ai croisé deux mecs super, un guitariste, Vincent Dupas et un bassiste, Anthony Fleury“, que je connaissais en fait. On a tous répété ensemble, on s’est tous entendu de suite. On arrivait même à composer deux morceaux en une répèt et tout le monde chantait, c’était génial ! C’est un groupe défouloir pour nous.

As-tu eu d’autres expériences musicales avant celle vécue avec Fordamage ?

J’ai commencé seule avec ma folk aux cordes méga dures et mon synthé Yamaha PSS à 15 ans. Puis en 2000 j’ai joué dans le groupe Eabys, avec une bassiste et une autre guitariste. On faisait un genre de post-rock. On avait trouvé un super batteur, puis il est parti. On a ensuite rencontré un mec aux sample et machines. Mais vers la fin chacun avait des envies différentes. Et c’est marrant car on a joué sur les mêmes scènes que HK, le groupe dans lequel jouait à l’époque Vincent et Anthony.

Comment arrives-tu à concilier ta vie graphique et ta vie de musicienne ?

Même si le graphisme est devenu mon métier et ce qui me permet de gagner ma vie, la musique est toujours aussi présente car tout tourne autour de la musique en fait. Je fais du graphisme pour des festivals, des groupes de musiques, des salles. Je fais des photos de live, j’organise des concerts et puis je joue dans un groupe.
Comme je suis freelance, je peux jongler entre les périodes de taf et puis me prendre des semaines d’affilée pour partir en tournée, répéter ou enregistrer. Du coup je suis assez libre à ce niveau là, mais je fais double job en permanence, ça me prend toutes mes semaines, mes weekends, mes vacances… Quand on aime…

Pour quel musicien / groupe aimerais-tu travailler si tu en avais l’opportunité ?

Je n’ai pas de groupe ou musicien précis, vraiment. Si on me demande des collaborations, par les copains principalement, je fonce, j’adore. C’est très enrichissant de s’adapter à l’univers de l’autre en apportant sa touche personnelle en plus.
Récemment avec Fordamage, on a joué sur un morceau de The Enchanted Wood, le projet de Michel Le Faou de Rennes.
C’était génial de s’imprégner de son univers folk noir à la Dead Man (musique de Neil Young pour le film éponyme réalisé par Jim Jarmush, ndlr), de s’adapter, mais de garder notre façon de jouer et nos idées.
J’aimerai pouvoir travailler avec des projets complètement différents du style rock ! Je ne sais pas ce que je serais capable de faire mais en tout cas c’est quelque chose que j’aimerais plus faire. Mais bon j’y ai déjà un peu goûté en jouant dans les Sylvie va t’en, mais je préfère que vous alliez voir par vous même ce que c’est.

Que serait Amélie sans ses crayons ?

J’avais laissé les crayons pendant une période, je n’avais plus confiance en mon coup de crayon. Je bossais essentiellement avec l’outil “plume” sur ordinateur et avec des typos existantes, mais depuis quelques années, j’ai repris mes crayons et il me faut mon critérium 5mm et mes feutres noirs plus ou moins épais. Ces outils me servent également à écrire. Alors bon ba c’est bien beau les agendas électroniques, les écrans d’ordinateur et les banques d’images et de pictogrammes, mais j’ai besoin que ça vienne de moi, de ma main et de poser la pointe sur du vrai papier. J’ai également besoin de plus en plus de tout faire moi même, même les typos. Donc ne plus avoir mes crayons ce serait un retour en arrière et un échec pour moi dans l’évolution de mon graphisme.

Le blog d’Amélie.

Le clip de MotherFucker de Fordamage ….

Le groupe sortira au mois d’avril la version vinyle de Belgian Tango et un 45 tours intitulé Durum Pita pour la Collection Thoré Single Club (les deux titres présents sur ce disque ont été enregistrés en public.

L’escapade Sylvie va t’en.

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